Il était une fois, il y a bien longtemps…dans un pays lointain, vivait une fermière qui s’ennuyait fort dans sa chaumière. Les jours étaient longs et les nuits glacées, la routine de fermière ne l’intéressait guère.
Alors, par un matin de juin, sous la fraîcheur estivale, notre aventurière prit le chemin de la grande ville, loin de sa ferme natale. Elle abandonna ses champs de verdure, ses vaches ruminantes…Elle laissa tout derrière elle. Ne prit qu’en maigre bagage qu’un panier, un bâton à la main et un chapeaux de paille sur la tête.
Sonia, avec trois fois rien, comptait bien changer le virage de son destin. Elle marcha ainsi pendant trois jours et trois nuits. Au lever du quatrième jour, la jeune femme, épuisée par une telle randonnée, s’assit sur un rocher.
_ « Aïe ! Toi qui est sur moi : relèves toi !! ». Surprise d’entendre un rocher parler, Sonia s’exécuta.
_ « Pardon, Monsieur le Rocher, mais j’ai marché pendant trois jours et j’avais envie de me reposer car j’ai mal aux pieds ! »
_ « J’accepte tes excuses, dis celui-ci. La vie de rocher n’est pas plus facile, on doit subir les intempéries, le soleil qui nous brûle…Mais comme tu m’as l’air sincère, en récompense, prends un caillou et si tu as besoin de moi, lance le trois fois en l’air en chantonnant « lalala » et j’accourrais comme je pourrais à ton secours. » Sonia prit un caillou, remercia le rocher et prit congé.
Les pieds couverts de contusions, les yeux cernés, elle appuya de toutes ses forces sur le bâton, pour se soutenir et ne pas tomber. Les villageois et demoiselles, sur son passage, riaient et se moquaient d’elle car, détail singulier, elle boitait et était par conséquent un peu handicapée. Fuyant les regards moqueurs et l’écho des rires, Sonia continua sa route en distribuant ses sourires, sans rien dire. Quand surgit, d’on ne sait où, un carrosse attelé par deux chevaux et quatre hiboux. A son bord, une petite dame aux cheveux gris appela notre amie :
_ « Toi qui te traîne sur ton bâton, viens, approche mon enfant, n’es pas peur de moi ». (car elle était vraiment laide à voir !...C’est pour dire : même l’épouvantail dans un petit coin du potager, en face de la route, était tant pris de terreur, qu’il mouilla son pantalon couleur beurre).
Timidement et doucement, Sonia avança ainsi, prudemment. Des « oh » et des « ah » d’exclamation raisonnaient autour d’elle.
_ « Pauvres fous », lança t’elle : « Vous osez juger quelqu’un à son apparence…ça vous perdra ! ».
La vieille femme édentée, fit signe à Sonia d’avancer. Quand Sonia se trouva face à elle, elle lui dit :
_ « Ecoute mon histoire et retiens la leçon. Il y a longtemps, j’étais belle comme toi et très fortunée. Je me moquais des autres et des maux de la terre, je me moquais bien de la misère. Jusqu’au jour où un orage éclata sur mon domaine…Et après un coup de tonnerre, on frappa à ma porte. De curiosité, j’ouvris celle-ci. Et voilà que l’étrangère me regarda avec ses yeux tristes. Son sarreau gris couleur de pluie ne faisait qu’accentuer sa mélancolie.
_ « Qui est ce ? » coupa la fermière.
_ « On ne sait pas qui sait, on dit seulement qu’elle vient de loin. Plus loin encore que la mer qui borde la grande Bretagne.
Les yeux de Sonia s’écarquillèrent de surprise et de peur aussi. La description que faisait la vieille femme n’était qu’autre que le portrait de la fée Clarence, « Fée de la simplicité et de la tolérance ». Pour réveiller la colère de cette dernière, il n’en fallait pas beaucoup : un mot de travers, un regard noir, une attitude familière…La punition qu’elle faisait subir à ses « victimes » était tout simplement effrayante. Certains prétendent et répandent la rumeur, qu’elle infligerait, toujours selon les dires, le même châtiment